Cet absent-là

de Camille Laurens

Mise en scène et adaptation Delphine Salkin, Création sonore Delphine Salkin et Zoé Tabourdiot, Création musicale ponctuelle Pascale Salkin, Lumières Daniel Lévy, Scénographie Clémence Kazémi, Vidéo et projections photographiques  Zoé Tabourdiot, Collaboration  sonore   Martin Troadec

avec Natacha Régnier

Création : saison 22/23

Résidences de travail saison 21/22 entre Paris et Bruxelles.

Lectures publiques prévues à la saison 21/22 :

  • Le 28 novembre 2021 à 18h30 dans la salle de théâtre de La Tricoterie à Bruxelles
  • Le 17 mars 2022 à 17h au Théâtre Marni à Bruxelles

L’amour est toujours à première vue, car si on n’aimait pas, on n’aurait rien vu.

Ce projet est né d’une envie commune de travailler ensemble, Natacha Régnier et moi, et de nous retrouver autour de l’écriture de Camille Laurens. Nous nous sommes rencontrées avec Camille aussi, nous nous sommes concertées et ainsi est née cette véritable collaboration à trois.

Durant le premier confinement, plutôt que d’écrire un dossier de production, je me suis mise au travail sur le texte de Cet absent-là (disponible chez Folio) en créant des « capsules » sonores brèves sous le titre « L’amour suspendu ». Tirées du texte, elles ont été réalisées à partir d’avril 2020 et diffusées comme une sorte de journal poétique du confinement sur le site Soundcloud : https://soundcloud.com/delphine-salkin/sets/lamour-suspendu-confinement/s-IjYl2EkwfaF
(voir plus d’infos sur cette page) 

Cela m’a permis d’entamer la collaboration avec Camille et Natacha et d’explorer une certaine façon de mettre en sons et en jeu son texte. Chemin faisant, j’ai toujours eu présent à l’esprit un objectif proprement théâtral : faire entendre ce texte magnifique à un public. Le laisser émerger et résonner en l’entourant de divers éléments. Rendre les absents présents par un environnement sonore et visuel apparaissant par bouffées, par bribes.

Pour Camille, l’écriture de son texte s’est ouverte sur une référence à L’Éducation sentimentale de Flaubert, pour dire l’apparition de l’amour. Toute apparition implique aussi une disparition, un effacement.

Cet absent-là est le récit, la rêverie ou la confidence d’une femme hantée par la disparition.
Celle d’un enfant dramatiquement perdu, d’un être aimé qui échappe.
Celle de l’amour.

Une femme nous raconte les absents de sa vie et nous renvoie à l’absence qui habite l’existence de chacun d’entre nous.
Au fil de mots qui s’appuient sur des « figures » – des images photographiques dont les contours semblent eux aussi disparaître – nous entrons dans le labyrinthe d’une pensée inattendue, élégante et profonde qui nous retrace la silhouette floue, parfois précise, d’une vie passée, mais aussi les traits d’un amour à venir, à vivre.

Il m’est apparu que ce texte met en suspend des moments de vie, comme un arrêt sur image et qu’il s’agit toujours de questionner l’amour. L’amour naissant, l’amour possible, l’amour à l’arrêt, l’amour disparu.

Je tiens à créer un voyage sonore et visuel. J’aimerais collaborer avec un photographe plasticien qui pourrait travailler à partir d’un support essentiellement photographique mais qui serait ensuite projeté en scène. Tout comme le livre de Camille Laurens est né de sa collaboration avec un photographe lui ayant proposé des « figures », projection de photographies toujours un peu floues, en mouvement et née de superpositions de projections.

Les apports d’images feront contrepoint aux mots de Camille Laurens portés par la voix de Natacha en scène. Nous utiliserons un micro HF finement réglé afin de pouvoir mobiliser certains effets sonores ponctuels. La voix, au besoin amplifiée, pourra ainsi résonner dans un espace sonore qu’elle fera surgir comme un paysage. On peut se faire une idée de la façon dont ces espaces évocatoires se déploient par l’audition des « capsules » dont j’ai parlé plus haut.

Nous allons inventer un dispositif scénique qui viendra servir cette écriture photographique. Chaque texte est en effet découpé comme si nous avions des clichés qui deviennent visibles sous nos yeux dans un bain de révélateur avant de se dissoudre à nouveau dans le noir. Comme autant de remémorations, d’apparitions qui surgissent puis s’estompent dans l’oubli. Le spectacle sera construit selon ce rythme, pour nous emmener dans le monde d’une pensée sensible qui  s’élabore et d’un amour qui se découvre.

Un amour qui disparaît, lui aussi.

Delphine Salkin, 22 juin 2020